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Des pièces d’un genre nouveau

Les pièces pour instrument seul sont d'un genre nouveau, à mi-chemin entre musique de chambre et lieder. Pour chaque nouvelle œuvre des années 1840, Robert Schumann va réduire la taille de l'ensemble instrumental : du quintette, il passe au quatuor avec piano (1842), puis au trio (1847), et enfin aux pièces pour instrument seul et piano (1849). Le climat poétique de chacune de ces pièces est primordial. L'instrument utilisé l'est moins. Même si Robert Schumann définit la couleur générale par le choix d'un instrument d'origine, il prévoit dès le début un instrument de rechange.
En effet, les Phantäsiestücke furent écrits pour clarinette, mais aussi pour violon ou
violoncelle ; des différences existent d'ailleurs entre les versions pour cordes et pour clarinette (cf. les croches ascendantes de la troisième pièce qui deviennent des doubles croches). Du vivant de Robert Schumann, ces pièces ont même été arrangées pour piano à quatre mains (1851) et par la suite pour piano seul. Les Romances — composées en 1849 —, ne seront, elles, véritablement créées au hautbois qu'en 1863. C'est dans sa version pour violon et piano qu'a été crée l'Adagio et Allegro, en élevant la partie de cor d'une octave. L'alto lui rend ici sa tessiture d'origine. Pour les Märchenbilder, une partie de violon a été prévue comme alternative à celle de l'alto, alors que c'est la clarinette qui remplacerait le violon dans les Märchenerzählungen.
Du vivant de Robert Schumann, l'instrumentation des œuvres de musique de chambre était liée à l'entourage direct et aux amitiés musicales du compositeur, ainsi qu'aux possibilités de réalisation du moment. Mais toutes ces œuvres étant déjà proches dans leur atmosphère et leur esprit, elles trouvent davantage d'unité en étant aujourd'hui rassemblées dans un même cycle autour d'un instrument unique. La tessiture de l'alto ouvrant les graves et les aigus, celui-ci est l'instrument conciliateur par excellence.
L'un des premiers à avoir perçu les possibilités solistiques de l'alto, Robert Schumann aura inspiré de nombreux compositeurs romantiques. Johannes Brahms, grand ami de Schumann, composera à la fin du siècle deux sonates pour alto ou clarinette. Le timbre mystérieux de l'alto, proche de la voix humaine et de ses inflexions a séduit le XIXe siècle, dans une dynamique qui se poursuit jusqu'à nos jours. Les Märchenbilder ont une place toute particulière dans le répertoire des altistes, puisque ce sont les premières pièces pour cet instrument qui soient écrites sans forme sonate ni thème et variations. En outre, l'alliance de l'alto et de la clarinette, au départ une conception mozartienne mais jusqu'alors peu employée, devient grâce aux Märchenerzählungen, un modèle pour d'autres compositeurs romantiques, notamment Karl Reinecke et Max Bruch.
es pièces sont une véritable confidence de l'âme où l'on retrouve Eusebius le méditatif et l'esprit qui s'en dégage prédomine sur le choix du timbre qui, à lui seul, définirait l'œuvre. En effet, les titres choisis par Schumann évoquent tous une rêverie profondément poétique. Il se serait senti proche du poète Novalis qui s'exprime ainsi sur le conte: « Das Märchen ist gleichsam der Kanon der Poesie — alles Poetische muss märchenhaft sein. Der dichter bete den zufall an… Ein Märchen ist eigentlich wie ein Traumbild — ohne zusammenhang —. Ein Ensemble wunderbarer Dinge ohne Begebenheitnen — Z.B. eine musikalische Fantasie — die harmonischen Folgen einer Aolsharfe — die Natur selbst… Das Märchen ist ganz musikalish : Le conte est pour ainsi dire le canon de la poésie — tout ce qui est poétique doit participer de la nature du conte. Le poète est un adorateur du hasard... Un conte est en fait semblable à un songe sans logique —. Un ensemble de choses merveilleuses sans événement — par exemple une fantaisie musicale — les suites harmoniques d'une harpe éolienne — la nature même... Le conte est tout entier musical.»

Vinciane Béranger