|
Que représente le Sarangi dans la cosmogonie indienne des instruments
?
Dans un texte en sanscrit datant de plus de deux mille ans, les sons
des différents instruments sont ordonnés selon leur place
dans lunivers. Le son de la flûte est le plus lointain,
il est lié au nad, cest-à-dire le néant,
à linfini situé au-delà du visible. Puis
les divers instruments à vents à anche, comme le shenaï,
peuplent lunivers visible des étoiles. Ceux à embouts,
trompettes et autres, sont à la surface de latmosphère.
Les instruments à cordes à archets sont ceux qui pénètrent
latmosphère. Ceux à cordes pincées suivent,
allant des plus aigus aux plus graves vers le sol. Les instruments à
percussion se situent au niveau du sol (cf. le bruit des pas ou des
sabots danimaux), ou bien ils viennent de lintérieur
de la terre et en indiquent le mouvement ou la résonance.
Le sarangi instrument à cordes à archet
pénètre donc latmosphère. Il est constitué
de 3 cordes en boyaux et de 27 cordes métalliques qui résonnent
sympathiquement quant linterprète joue sur les cordes en
boyaux une de ces 27 notes. Le sarangi est un instrument de lInde
du Nord sans doute dorigine Afghane. Le sarangi se rapproche de
la voix humaine par sa sonorité, son nom dérive du mot
"sau rangi" qui signifie "100 couleurs, ou humeurs ou
nuances" et la musique quil suggère est subtile.
Pandit Ram Narayan a hissé le sarangi - instrument daccompagnement
dans la tradition récente au rang de soliste
Au cours des siècles récents, le sarangi était
un instrument daccompagnement des chanteurs. Ram Narayan a ainsi
débuté à 13 ans à Lahore pour All India
Radio comme accompagnateur des plus grands solistes davant la
Partition de lInde. De 1943 à 1947, il a pu bénéficier
de lenseignement du grand chanteur Ustad Abdul Wahid Khan. Après
la Partition, il rentre à New Delhi rejoindre son frère
tablaïste « Pandit Chaturlal » qui était le
partenaire dAli Akbar Khan, Ravi Shankar
Ram Narayan joue
alors avec eux. En 1954, il joue en concert soliste en première
partie de Ravi Shankar et Vilajat Khan. Avec son frère, ils sont
invités aux Etats-Unis en 1964, y rencontrent des musiciens de
jazz et à leur contact, Ram Narayan décide de faire du
sarangi un instrument soliste. La virtuosité et lart de
Ram Narayan a replacé le sarangi en tant quinstrument soliste
selon de vieilles traditions musicales de la vallée de lIndus.
Ceci est encore à développer par des recherches historiques.
Ram Narayan aura dû combattre les a priori des musiciens indiens
qui limitent le sarangi à un instrument daccompagnement.
Aujourdhui, à 70 ans, il est cependant considéré
en Inde comme le plus grand musicien indien et a reçu en 1999
le titre de Aditya vkram Birla Kalashikar Puaskar Award, prix décerné
à lartiste qui a toujours préservé léthique
de lart classique de lInde du Nord.
Ram Narayan a également rencontré les plus grands musiciens
occidentaux
Yehudi Menuhin a écrit : " Je ne peux dissocier le sarangi
de Pandit Ram Narayan, car tous deux ont fusionné. Ce syncrétisme,
loin dêtre le fruit de mon imagination, sopère
bien par la totale communion sétablissant entre Ram et
son sarangi. Par le jeu sublime de Ram Narayan, le sarangi perd de son
archaïsme et converse. " Rostropovitch le considère
comme l'un des virtuoses mondiaux de l'archet. Michael Nyman : «
La musique pour Ram Narayan, cest une psyché »
Retour
|