| RAMEAU
AU XIXE : LES PIECES DE CLAVECIN AU CONCERT.
Extrait
. Ambition nationale regard vers lavenir
Conjuguer les énergies plus proprement musicales de Paris à
la dynamique patrimoniale, financière et logistique de Dijon
permit de donner au projet une dimension véritablement nationale.
On y constitue Rameau comme " Père de la musique française
", réponse à un complexe profond nourri à
lencontre de la culture germanique.
En 1866, La France musicale avait établi la liste des bustes
devant orner le grand vestibule du nouvel opéra conçu
par Garnier : on y comptait quatre statues assises, représentant
" les quatre chefs des diverses écoles : Lulli, musique
italienne ; Rameau, musique française ; Gluck, musique allemande
; Handel, musique anglaise (Handel, bien que né à Halle,
a été adopté par lAngleterre, qui le considère
comme lun des siens). " On reconnaît ici à Handel
ce quon refuse à Lulli, dont le nom sorthographie
à litalienne, et lon ancre Rameau comme figure paternelle
de la musique française. " Depuis longtemps, les musiciens
de lAllemagne, Beethoven, Mozart, Weber etc. ont leurs statues
dans les villes qui les ont vu naître. Rameau, le créateur
de lécole française, attend depuis plus dun
siècle cet hommage légitime " déplorait Charles
Poisot en 1865. Ce sera donc chose faite le 12 août 1876, six
ans après la guerre de 1870, cinq après la création
de la " Société Nationale " (par Camille Saint-Saëns,
qui y jouera Les Cyclopes et Les Tourbillons le 8 mars 1884), et le
même jour quune autre première : celle du festival
de Bayreuth. Quelques pages séparent, dans les journaux français,
les compte rendus des deux événements - " le doux
et calme tableau des fêtes de Dijon nous séduit bien plus
que lorgie enharmonique de Bayreuth " confie alors un critique
de Lart musical.
Pareils propos seront tenus, on le sait bien, par Claude Debussy au
gré dune autre guerre, près de cinquante ans plus
tard. Lécho des discours témoigne dune trajectoire
dans lhistoire des idées. Cest quune dynamique
décisive quoique encore méconnue - sest initiée
sous limpulsion de Charles Poisot : " La ville de Dijon,
reconnaissante de la gloire que Rameau a fait rejaillir sur elle, vient
de préserver son image terrestre de loubli " affirme
Gastinel en guise de toast au banquet du 13 août ; " mais
son génie ne lest pas, et chaque jour qui sécoule
fait naître un danger nouveau ! Il y a parmi nous, ici et à
Paris, des hommes distingués et dévoués qui sont
prêts à se mettre au travail dans ce noble but ! Encourageons
les ! " Vingt ans plus tard samorçait une édition
intégrale de luvre de Rameau. Son premier volume
? Celui des pièces pour clavecin
Le piano avait permis à Rameau de traverser ce XIXe siècle
qui le loue pour ses opéras et le joue pour sa musique de chambre.
Après 1860, Charles Poisot sut, comme pianiste dijonnais, intégrer
cette dynamique à un projet de réhabilitation de plus
vaste ampleur. Dijon, que les fêtes de 1876 constituent en "
lieu de mémoire ", contribue à forger une grandeur
ramiste à même de dialoguer avec limmensité
wagnérienne, et de fait, avec lensemble de lhistoire
de la musique. Parce que la ville est pour beaucoup dans le retour de
Rameau au premier plan dun concert où sa musique de clavecin
occupe encore aujourdhui une place singulière, notre article
entretient finalement plus quun rapport de fugue avec le présent
enregistrement : " vibrant de remembrance ", il en est un
rigoureux contrepoint
un dialogue en zigzag.
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