J.P.Rameau

“ Intégrale des Pièces de clavecin seul et en concerts” : 4 CD

Blandine Rannou, clavecin
Valérie Balssa flûte, Catherine Girard violon, Emmanuel Balssa viole de gambe

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Livret...

 


Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)

Premier Livre 1706
Pièces de clavecin 1724
Nouvelles Suites de pièces de clavecin 1728
La Dauphine 1747
Pièces de clavecin en concerts

RAMEAU AU XIXE : LES PIECES DE CLAVECIN AU CONCERT.

Extrait …. Ambition nationale – regard vers l’avenir
Conjuguer les énergies plus proprement musicales de Paris à la dynamique patrimoniale, financière et logistique de Dijon permit de donner au projet une dimension véritablement nationale. On y constitue Rameau comme " Père de la musique française ", réponse à un complexe profond nourri à l’encontre de la culture germanique.

En 1866, La France musicale avait établi la liste des bustes devant orner le grand vestibule du nouvel opéra conçu par Garnier : on y comptait quatre statues assises, représentant " les quatre chefs des diverses écoles : Lulli, musique italienne ; Rameau, musique française ; Gluck, musique allemande ; Handel, musique anglaise (Handel, bien que né à Halle, a été adopté par l’Angleterre, qui le considère comme l’un des siens). " On reconnaît ici à Handel ce qu’on refuse à Lulli, dont le nom s’orthographie à l’italienne, et l’on ancre Rameau comme figure paternelle de la musique française. " Depuis longtemps, les musiciens de l’Allemagne, Beethoven, Mozart, Weber etc. ont leurs statues dans les villes qui les ont vu naître. Rameau, le créateur de l’école française, attend depuis plus d’un siècle cet hommage légitime " déplorait Charles Poisot en 1865. Ce sera donc chose faite le 12 août 1876, six ans après la guerre de 1870, cinq après la création de la " Société Nationale " (par Camille Saint-Saëns, qui y jouera Les Cyclopes et Les Tourbillons le 8 mars 1884), et le même jour qu’une autre première : celle du festival de Bayreuth. Quelques pages séparent, dans les journaux français, les compte rendus des deux événements - " le doux et calme tableau des fêtes de Dijon nous séduit bien plus que l’orgie enharmonique de Bayreuth " confie alors un critique de L’art musical.
Pareils propos seront tenus, on le sait bien, par Claude Debussy au gré d’une autre guerre, près de cinquante ans plus tard. L’écho des discours témoigne d’une trajectoire dans l’histoire des idées. C’est qu’une dynamique décisive – quoique encore méconnue - s’est initiée sous l’impulsion de Charles Poisot : " La ville de Dijon, reconnaissante de la gloire que Rameau a fait rejaillir sur elle, vient de préserver son image terrestre de l’oubli " affirme Gastinel en guise de toast au banquet du 13 août ; " mais son génie ne l’est pas, et chaque jour qui s’écoule fait naître un danger nouveau ! Il y a parmi nous, ici et à Paris, des hommes distingués et dévoués qui sont prêts à se mettre au travail dans ce noble but ! Encourageons les ! " Vingt ans plus tard s’amorçait une édition intégrale de l’œuvre de Rameau. Son premier volume ? Celui des pièces pour clavecin…

Le piano avait permis à Rameau de traverser ce XIXe siècle qui le loue pour ses opéras et le joue pour sa musique de chambre. Après 1860, Charles Poisot sut, comme pianiste dijonnais, intégrer cette dynamique à un projet de réhabilitation de plus vaste ampleur. Dijon, que les fêtes de 1876 constituent en " lieu de mémoire ", contribue à forger une grandeur ramiste à même de dialoguer avec l’immensité wagnérienne, et de fait, avec l’ensemble de l’histoire de la musique. Parce que la ville est pour beaucoup dans le retour de Rameau au premier plan d’un concert où sa musique de clavecin occupe encore aujourd’hui une place singulière, notre article entretient finalement plus qu’un rapport de fugue avec le présent enregistrement : " vibrant de remembrance ", il en est un rigoureux contrepoint… un dialogue en zigzag.