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FONDATION
RAM NARAYAN :
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râga grâce à un guide passionné et engagé
Martin Dieterle ami de Ram Narayan depuis les années
60 et membre fondateur de la fondation Ram Narayan. Pourquoi cette fondation Ram Narayan ? Cette idée a commencé de germer dans lesprit de Ram Narayan il y a 5 ou 6 ans avec la prise de conscience dune dégradation de la qualité de transmission de la musique indienne, labsence de relève dans les générations actuelles des grands interprètes quont été entre autres Bade Ghulham, Omkarnath Takur, Ali Akbar Khan, Ravi Shankar, Shaturlal , Alla Rakha Et, il semble un manque dune institution rigoureuse pour la protection de ce patrimoine national Indien unique au monde et auquel notre propre musique classique doit tant dans ses sources. Par ailleurs, une grande partie de la société Indienne voit la vitalité de la musique à travers la musique de Bollywood et ne perçoivent pas la catastrophe que représenterait la disparition de la transmission de la musique indienne classique. Cette fondation sest constituée à partir de fonds privés et a pour buts . de rassembler le maximum darchives sonores, photographiques et documentaires sur les musiciens de ces 100 dernières années (un certain nombre de documents ont déjà été retrouvés grâce à des fondations anglaises, hollandaises, françaises ) ; . daider des écoles ou des maîtres à pouvoir enseigner à travers lInde ; . de constituer des enregistrements de référence pour les râga les plus précieux et représentatifs. Ce premier disque propose ainsi 2 râga sélectionnés par Pandit Ram Narayan : râga Jaunpuri et râga Kafi Malhar. En quoi cette fondation constitue-t-elle un défi ? Autrefois, la transmission dun savoir se faisait à travers cette relation privilégiée du gourou (maître) et du disciple. Le gourou choisit un élève talentueux pour en faire son disciple et essaye de lui transmettre son savoir. Cette transmission se fait oralement exclusivement, sans loutil de conservation par excellence quest lécriture. Les disciples semblent aujourdhui préférer le dynamisme de la musique du cinéma indien de Bollywood à lappropriation des règles et traditions de la musique indienne. La fondation essaye de réagir et de soutenir les maîtres à travers lInde qui transmettent ce savoir. Parlons de ce que représente dans la culture indienne cette transmission orale ! La notion de réincarnation explique au moins un point de lesprit indien, considéré comme un devoir absolu : afin de se réincarner correctement, un hindou doit en principe transmettre tout son savoir avant de disparaître, faute de quoi le poids de celui-ci empêcherait son esprit de sélever et il ne pourrait plus dès lors que stagner ou sabaisser. Dans ce cheminement vers la perfection, le savoir doit être transmis de façon orale. Dans la mentalité indienne, les écrits ne laissent guère à lélève la possibilité de trouver la voie intérieure propre à son caractère, comme si lécriture risquait de fixer insidieusement la pensée dun autre dans son cerveau. Cest vraisemblablement la raison qui a poussé lInde à abandonner vers le VIIIe siècle lécriture de la musique, quelle possédait depuis la nuit des temps la même que la nôtre dailleurs, et celle que nous avons recueillie grâce aux relations de lItalie avec lOrient. Tout cela fait quil est pratiquement impossible pour un musicien indien de prendre la musique écrite comme un support dinterprétation. En bref, un musicien indien ne doit pas jouer la musique dun autre, mais celle de son univers propre, après avoir intégré toutes les structures de la science musicale. Pour ce faire, il lui faut apprendre par oral toute cette science et la technique de son art afin quune fois les structures mises en place dans sa mémoire, il nait plus quà faire son choix. Au fond, cela serait presque comme si Bach et tous les compositeurs du passé navaient jamais écrit leur musique et quelle nous ait été transmise oralement à travers une trentaine de générations. Cela permet dimaginer le bagage intellectuel que chaque musicien aurait eu à posséder pour que cela nous parvienne sans altération. Toutefois, les musiciens indiens utilisent lécriture musicale à titre de référence explicite pour donner les règles fixes des râga, toujours à condition de ne pas écrire ce qui deviendrait une forme dinterprétation pour le futur. Quen est-il pour Ram Narayan ? Lhistoire ou la légende veut que Ram Narayan ait reçu son instrument le sarangi, dun sadhou qui venait pour une fête à Udaipur (Rajastan), alors que ce sadhou était en partance pour la ville sainte de Bénarès. Il nest jamais venu le rechercher. Sagit-il dun abandon dune partie de sa connaissance selon le devoir imposé par la réincarnation ? Je pense que cest ça et Ram le suggère également. Ce geste est emblématique. De la même manière, en acceptant ce don, on est obligé en Inde de le rendre à un jeune qui en a besoin. La fondation répond-elle également à cette tradition du prêt dhonneur ? A linstar des sadhous et des sabyatsi (hommes âgés renonçant à la vie sociale, mendiant leur nourriture sur les routes de lInde, mais disponibles pour délivrer leur savoir à toute personne), le vagabondage du musicien est sa musique. |