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Les oeuvres de Johann Strauss enregistrées par Anima Eterna
1. Tritsch-Tratsch Polka
À la fin de l’automne 1858, un public enthousiaste rassemblé dans le cadre intime de l’auberge à l’enseigne du « Grand Pinson », située sur le glacis du Burg, applaudit l’étourdissante polka que lui offrait un Johann Strauss à peine revenu de Saint-Pétersbourg. Tritsch-Tratsch signifiant « clabauderie », on pouvait voir dans cette œuvre soit une réaction du compositeur aux nombreuses rumeurs qui couraient dans Vienne au sujet de ses aventures galantes en Russie, soit un clin d’œil aux rédacteurs de la toute jeune revue humoristique Tritsch-Tratsch, avec qui Strauss entretenait des relations amicales. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : Tritsch-Tratsch-Polka est un chef d’œuvre !

2. Ouverture de la Chauve-Souris
Une tradition bien établie affirme que Johann Strauss composa en quarante-deux jours (ou plutôt en quarante-deux nuits) à la fin de l’automne 1873 l’essentiel de sa troisième opérette, qui devait d’abord s’intituler Docteur Chauve-Souris. Strauss travaillait en étroite collaboration avec Richard Genée, habile librettiste et maître de chapelle expérimenté du Theater an der Wien ; les scènes s’ajoutaient aux scènes, et l’œuvre était pratiquement au point quand commencèrent les répétitions au printemps suivant. L’ensemble est d’une seule venue. Cela vaut aussi pour l’ouverture, où se font entendre quelques-unes des principales mélodies de l’opérette, reliées entre elles avec un art consommé. La première de la Chauve-Souris eut lieu le dimanche de Pâques, 5 avril 1874, au Theater an der Wien sous la baguette du compositeur ; aussi bien l’œuvre que son exécution furent unanimement applaudies. Toutefois, le public ne devait reconnaître que plus tard l’exceptionnelle qualité de la pièce. Depuis, la Chauve-Souris, considérée comme la « reine des opérettes », a trouvé et trouve encore sa place sur les plus grandes scènes lyriques. Quant à l’ouverture, elle est un modèle du genre.

3. Csárdas de la Chauve-Souris
Au cours de l’été 1873, une épidémie de choléra avait ravagé la Hongrie. Pour venir en aide à la population éprouvée, Johann Strauss organisa le 25 octobre dans la salle du Musikverein un concert de bienfaisance pour lequel il composa une csardas. La diva du Musikverein ayant spontanément proposé son concours, l’œuvre fut arrangée pour voix et orchestre et reçut, ainsi que son interprète, un accueil enthousiaste. Plus tard, la csardas fut intégrée à la partition de la Chauve-Souris ; l’air était destiné à Rosalinde costumée en Hongroise. Toutefois, la version originale pour orchestre a été conservée.

4. Images de la Mer du Nord
Au cours des étés 1878 et 1879, Johann Strauss et sa deuxième femme Angelika (« Lili ») avaient passé leurs vacances à Wyk, sur l’île de Föhr dans la Mer du Nord. Ce séjour inspira au compositeur la valse Nordseebilder, « Images de la Mer du Nord », présentée au public du Musikverein le 18 novembre 1879. Cette valse de concert raffinée se distingue par les sonorités suggestives de l’introduction et la traditionnelle évocation d’une tempête dans la coda.

5. Au pas de charge
En 1871, Johann Strauss composa sa première opérette, Indigo et les quarante voleurs, dans laquelle il entreprenait de rivaliser avec Jacques Offenbach. Ce dernier, Parisien d’adoption, disposait d’un atout dont il s’était servi dans la quasi-totalité de ses opérettes : un cancan endiablé. Strauss savait pouvoir lui opposer une carte d’égale valeur : une de ses fougueuses polkas. Il fit donc figurer dans la partition un galop en forme de cancan qu’il arrangea ensuite pour le bal sous le titre Im Sturmschritt, « Au Pas de charge ». Cette pièce soutient sans peine la comparaison avec Offenbach.

6. Nouvelle Pizzicato-Polka
Le premier avril 1892, Johann Strauss eut une idée de génie. Se souvenant du succès de la Pizzicato-Polka composée en collaboration avec son frère Josef au cours de l’été 1869, il décida tout à trac d’en écrire une deuxième. Il est vrai qu’il ne sut d’abord que faire de cette pièce écrite d’un seul jet. Il finit par l’intégrer comme ballet, puis comme entracte à l’opérette Princesse Ninette, œuvre avec laquelle elle fut donnée pour la première fois le 10 janvier 1893. Mais sa vraie place est la salle de concert.

7. Mouvement perpétuel – facétie musicale
Pour attirer le public, les frères Strauss avaient baptisé leurs bals de bienfaisance des années 1860 et 1861 « Carnaval en mouvement perpétuel, ou la danse sans fin. » Cela donna à Johann Strauss l’idée de concrétiser en musique le rêve – irréalisable – d’un mouvement autonome qui ne s’arrêterait jamais. Il confia donc à tous les instruments de l’orchestre successivement l’exécution d’un motif caractéristique sur un rythme de polka, de telle façon que la fin soit en même temps un nouveau début. Lorsqu’ils l’entendirent pour la première fois le 4 avril 1881 à l’Établissement Schwender, les Viennois ne comprirent pas la plaisanterie. L’œuvre sombra dans l’oubli. C’est le maître de chapelle prussien Richard Strauss qui la demanda à Johann Strauss en 1894 pour la présenter au cours d’un concert philharmonique à Berlin. Mais il fallut attendre les concerts du Nouvel An du Philharmonique de Vienne pour que le Mouvement perpétuel devienne célèbre dans le monde entier.

8. Rêves de printemps
Au cours d’un gala de bienfaisance donné le premier mars 1883 au Theater an der Wien, la cantatrice Bianca Bianchi (Bertha Schwarz) donna une brillante première audition de la valse Frühlingsstimmen, « Rêves de printemps ». Le 18 mars, Eduard Strauss présenta le chef-d’œuvre de son frère dans une version orchestrale à l’instrumentation sensiblement différente. Les deux versions connurent la faveur du public, mais à l’audition, on ne saurait se méprendre : il est indéniable que les Rêves de printemps ont été conçues pour chant soliste et orchestre.

9. Ouverture du Baron Tzigane
À mi-chemin entre l’opérette et l’opéra-comique, Johann Strauss écrivit en 1884 le Baron tzigane. Le livret d’Ignaz Schnitzer d’après une nouvelle du Hongrois Mór Jókay permettait au compositeur d’inventer ou de citer des mélodies viennoises et hongroises. C’est cette double influence qui caractérise l’ouverture du Baron tzigane. L’œuvre, créée le 24 octobre 1885 au Theater an der Wien, eut un franc succès, et on la monte encore sur toutes les scènes du monde.

10. Le Beau Danube bleu
En juillet 1866, l’armée autrichienne ayant été défaite à Sadowa par les troupes du roi de Prusse, la monarchie danubienne cessa d’écrire l’histoire de l’Europe. Profondément affecté par le cours des choses, Johann Strauss esquissa à l’automne 1866 une valse qu’il projetait de dédier à Vienne, la ville impériale sur le Danube – lequel est, en été, effectivement beau et bleu. Mais comme il s’était engagé à écrire une valse pour les chanteurs du Männergesangverein (chœur d’hommes) de Vienne, il leur offrit celle-ci pour leur concert de carnaval du 15 février 1867. Le version pour chœur ne comporte pas de coda. Dans sa forme définitive, avec introduction et coda, Le Beau Danube bleu fut créé le 10 mars 1867 au Volksgarten de la Ringstrasse. Un an plus tard déjà, cette valse était l’emblème musical de la ville de Vienne ; elle l’est restée jusqu’à nos jours.

11. Marche égyptienne
L’été 1869, celui de la Pizzicato-polka, vit naître une autre œuvre qui allait électriser le public de Johann Strauss. Créée le 6 juillet au Vauxhall de Pawlowsk, cette composition subtile et raffinée s’appelait La Marche des Tcherkesses. Ce n’était pas un hasard : ce peuple turbulent du nord caucasien, soumis seulement en 1864, n’avait cessé d’intriguer les habitants de Saint-Pétersbourg. Mais Johann Strauss se souvint peu après qu’à la fin de l’automne 1869, le Canal de Suez allait être inauguré en grande pompe en présence de personnalités venues du monde entier, [et il débaptisa son œuvre pour lui donner son titre actuel.]

12. Éljen à Magyar !
En mars 1869, Johann Strauss, accompagné de ses frères Josef et Eduard et de la Strauss-Kapelle au grand complet, se rendit en Hongrie, dans la ville sœur de Vienne située elle aussi sur le Danube. Au cours du premier concert, donné le 16 mars dans la grande salle de la Redoute de Pest, il présenta son hommage : la polka rapide Éljen à Magyar (« Vivent les Hongrois ! »), où l’on entend pour finir un écho de la marche de Rakoczy, et dédia son œuvre « à la nation hongroise. »

13. Furioso-Polka
Engagé en Russie pour la saison d’été, l’élégant Musikdirektor Johann Strauss consacra aux expérimentations musicales le temps que lui laissaient ses aventures galantes. Au cours de cet été 1861, il composa une polka pleine de fougue et d’entrain, qui s’écarte délibérément de la facture traditionnelle. Sur la page de titre de la version pour piano de cette œuvre intitulée Furioso-Polka quasi Galopp, il fit représenter des lutins acharnés à faire trébucher les danseurs. Certes Strauss ne voulait pas pousser aussi loin la plaisanterie : il lui suffisait de bousculer radicalement les habitudes de ses auditeurs et de leur ouvrir l’oreille à une musique nouvelle. Et si cette œuvre importante et intéressante n’est jamais devenue populaire, on l’entend désormais de plus en plus souvent.
Franz Mailer – Président du Johann Strauss Gesellschaft Wien.
Traduction: Brigitte Hébert.