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Anton Stadler , " Miracle bohémien "

Anton Paul Stadler est né le 28 juin 1753 à Brück an der Leitha, petite ville située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Vienne et à une trentaine de kilomètres de Bratislava en Slovaquie. Son père était installé à Vienne en tant que musicien et cordonnier [Musicus und Schuhmacher] et y épousa, le 21 octobre 1743, la sage-femme Sophie Altmann. Pour des raisons inconnues, ils retournèrent dans la petite ville de Brück an der Leitha (Kirayhida) où Anton vit le jour près du château comtal de Harrash. Deux ans plus tard, les Stadler repartaient avec armes et bagages vers la ville impériale où naissait, le 6 mai 1755 le benjamin, Johann Nepomuk Franz.

Peut-être dès 1770, les deux frères Anton et Johann se retrouvent domestiques et musiciens au service du Prince Galitzin, puis, déjà reconnus comme solistes, ils prennent part à Vienne aux concerts des 21 mars 1773 et le 19 décembre 1775 ; ils ont vingt et dix-huit ans. Un programme de concert du 12 mars 1780 identifie les frères comme étant au service du prince Carl Joseph von Palm. Le 12 octobre suivant, Anton se marie en tant que Herrschaftlicher Musicus (musicien seigneurial) avec Francisca Bichler ; en moins de dix ans, notre virtuose de la clarinette d’amour lui fait huit enfants (de 1781 à 1791) : ainsi, les tourtereaux souffriront d’une insolvabilité constante et d’un défilé d’huissiers qui trahissent un misère noire.

Toujours à l’affût d’une situation plus confortable, Anton et Johann Stadler écrivent à Ignatz von Beecke le 6 novembre 1781 : " [....] En ce qui nous concerne, nous serions prêts à prendre le poste de clarinettistes si la place n’est pas encore prise. Nous jouons aussi le cor de basset, notamment avec H.Griesbacher en trio, mais aussi des deux instruments en duos et chacun seul pour les concertos et nous pouvons également, avec la clarinette, le hautbois ou le cor de basset faire de la musique pour vents en octuor, ce qui est du plus bel effet. Au besoin, nous pouvons remplacer les hautbois et jouer le violon et l’alto [violn]. [...] ".
Wolfgang Amadeus Mozart s’installe à Vienne dès mars 1781. C’est peut-être le jour de la Sainte Thérèse qu’il entend pour la première fois les frères Stadler : " [...] Le soir à 11 heures, on me donna une sérénade à deux clarinettes, deux cors et deux bassons de ma propre composition.[...] Les six messieurs qui exécutent de telles pièces sont de pauvres diables, mais qui jouent avec un ensemble tout à fait joli, surtout la première clarinette et les deux cors.[...] "

Parallèlement, l’Empereur Joseph II prend conscience de l’excellence du " pupitre " de clarinettes composé des deux frères et, lucide, use de son pouvoir par l’ordonnance du 8 février 1782 : " Les deux frères Stadler, qui jouent de la clarinette, doivent être engagés dans l’orchestre de la cour où ils sont très utiles, sans quoi ils pourraient entrer au service d’une autre maison ou simplement s’en aller ". Les frères Stadler deviennent en 1783 membres de l’Harmonie Impériale, qui est formée de huit instruments à vent. Comme Maîtres et Compositeurs, ils occupent les fonctions de première et seconde clarinette. Le plus âgé joue la seconde. En effet, il semble qu’Anton affectionnait particulièrement le registre grave de la clarinette qu’il perfectionnera avec le facteur Théodor Lotz (Vienne 1748 / Vienne 26 juin 1792) en augmentant progressivement la tessiture d’une tierce chromatique vers le grave.

En février 1784, Mozart joue et assiste à des concerts chez le Prince Galitzin, le premier employeur des Stadler. C’est peut-être là que le compositeur fait la connaissance des frères clarinettistes, car à partir de cette année 1784, les événements unissant Mozart et les instruments d’Anton vont se succéder à une vitesse folle ! Le 23 mars 1784, Anton Stadler organise une Academie à son profit au Burgtheater et joue la partie de première clarinette dans la sérénade " Gran Partita K 361/ 370a ", concert relaté par Johann Friedrich Schink dans ses Litterarische Fragmente parus en 1785 : " [...] Reçois mes remerciements, brave virtuose ! Ce que tu fais avec ton instrument, je ne l’ai jamais entendu. Je n’aurais jamais pensé qu’une clarinette puisse imiter la voix humaine comme tu l’imites. Ton instrument a une sonorité si douce, si tendre, qu’aucune personne ayant un cœur ne peut y résister ! [...] ".

Cela s’annonçait plutôt bien ! Le premier avril 1784, Mozart organise sa première Academie au Burgtheater où il jouera entre autres un grand quintette tout neuf pour piano-forte et vents K 452 avec Anton Stadler à la clarinette ; ce dernier entre à la loge Zum Palmbaum (Au palmier) le 27 décembre. Les Mozart et les Stadler, maintenant amis, se retrouvaient dans le cercle du baron Nikolaus Joseph von Jacquin (1727-1817)….

Gilles Thomé