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BONONCINI, COMPOSITEUR PRECOCE AU DESTIN FULGURANT…


Giovanni Bononcini, né à Modène (Italie) le 18 juillet 1670, est l’aîné et le plus connu des trois fils de Giovanni Maria Bononcini (1642-1678). Le parcours de Giovanni Bononcini - marqué par la précocité, un talent de violoncelliste et de compositeur- n’est pas sans rapport avec la renommée de son père. Ce dernier, violoniste, compositeur et théoricien, a en effet largement contribué à conduire la musique instrumentale vers ses formes modernes. Son traité, Musico prattico (1673), fut utilisé jusqu’en 1725 et son influence sur les musiciens du XVIIIème siècle est notoire.


La jeunesse de Giovanni Bononcini est difficile : orphelin de mère à sept ans et de père à huit ans, il vit alors dans l’extrême pauvreté, comme il le rappelle dans la dédicace de son op. 3 - « De mes parents, j’eus ce peu de vie qui suffit à m’offrir à la misère, tandis qu’en mourant, ils m’abandonnèrent encore enfant dans les bras de la pauvreté. ». Cependant, Giovanni Bononcini bénéficia d’appuis de mécènes qui soutenaient auparavant son père. Ses études musicales commencées avec ce dernier, il les poursuivit dans un premier temps à Modène, soutenu par Francesco II, duc de Modène, puis à Bologne où il étudia la composition et le violoncelle, encouragé par le mécène Alessandro Sanvitali.

Très tôt reconnu comme un excellent violoncelliste et compositeur, il publie ses op.1 à 3 à 15 ans et entre à 16 ans à l’Accademia Filarmonica. Toujours à Bologne, en 1687-1688 il fait partie de la Chapelle de San Petronio en tant que chanteur et violoncelliste, et simultanément, est nommé maître de chapelle à San Giovanni in Monte jusqu’en 1689. Il compose pour la première deux Oratorios du Carême (1687-1688), et pour la seconde quatre messes brèves pour double chœur (1688, op.7). Mandaté par le duc de Modène, Francesco II d’Este, Giovanni Bononcini passe un an à Milan où il a pour charge d’écrire pour son protecteur un oratorio, La Maddalena ai piedi di Cristo (1690). La même année, il est membre de l’orchestre du cardinal romain Benedetto Pamphili.
Après ce bref séjour à Milan, le jeune compositeur italien s’établit en 1692 à Rome au service de la famille Colonna. Ce séjour romain marque un tournant dans la carrière de Giovanni Bononcini. Il fait la rencontre de Silvio Stampiglia -déjà chez les Colonna depuis 1680- qui devient alors son librettiste. De leur collaboration naissent six sérénades (dont La nemica d’amore fatta amante), un oratorio et cinq opéras qui feront sa renommée de compositeur et d’homme de théâtre. Deux de ces opéras ont particulièrement marqué la collaboration du compositeur et du poète-librettiste : le Xerse (1694), qui sera repris par Georg Friedrich Haendel dans son Serse en 1738, et Il trionfo di Camilla, créé à Naples le 27 décembre 1696, et repris 64 fois au Theatre Royal Drury Lane de Londres, entre 1706 et 1709. Déjà connu dans toute l’Italie, il est le premier à recevoir une telle popularité sur la scène londonienne pour un opéra italien : c’est le début d’une reconnaissance européenne pour Giovanni Bononcini.
C’est en 1697, à la mort de son protecteur, Filippo Colonna, que s’achève son séjour à Rome. Après une année passée à Venise, Giovanni Bononcini s’établit en 1698 à Vienne où il est nommé compositeur à la cour de Leopold I. Il devient le favori de Joseph I qui accède au trône en 1705. Une grande partie des opéras composés à Vienne, par exemple La fede pubblica (1699), sera d’ailleurs dédiée à Joseph I ou à sa femme. Durant son séjour, sept opéras seront mis en scène. Bénéficiant ainsi d’un appui important et de conditions matérielles avantageuses, il fait venir son frère Antonio Maria (1677-1726), violoncelliste, compositeur et chef d’orchestre, et Silvio Stampiglia avec qui il collabore à nouveau. Cependant, la situation politique - guerre contre Louis XIV pour la succession espagnole et défense des Habsbourg - rendait la vie musicale plutôt calme et Giovanni Bononcini en profita pour faire de nombreux voyages en Italie (Rome, Padoue, Bologne, Parme, Modène). Il fut même invité à Berlin entre 1702 et 1703 par Sophie Charlotte de Hanovre – elle avait déjà accueilli Arcangelo Corelli - à la cour de Frédérick I de Prusse pour diriger le Teatro d’Opera Italiano. Après la mort de Joseph I en 1711, Giovanni reste encore quelque temps à Vienne avant de partir définitivement pour Rome en 1714, où il trouve en Johan Wenzel Graf Gallas, ambassadeur de Vienne à Rome un protecteur éclairé. Le compositeur italien y séjourne jusqu’en 1719 et écrit pendant cette période une sérénade (Sacrificio a Venere, 1714) et trois opéras, dont le plus important est l’Astarto (1714). A la suite de sa représentation à Rome, Richard Boyle, comte de Burlington, invite Giovanni Bononcini et Paolo Rolli, le librettiste de l’Astarto, à s’établir à Londres.
Quand il arrive à Londres en 1720, Giovanni bénéficie déjà depuis plusieurs années d’une renommée européenne. Il est nommé directeur du King’s Theatre et compositeur à la Royal Academie of Music dirigée par Georg Friedrich Haendel. La représentation de l’Astarto est un triomphe, et Crispo (1721) et Griselda (1722) remporteront également un important succès populaire. Durant deux saisons entières, les opéras de Giovanni Bononcini sont les plus représentés : on compte alors 71 représentations de ses opéras contre seulement 26 pour ceux de Haendel. Ce succès écrasant est en bonne partie à l’origine de la querelle entre le compositeur italien et le compositeur allemand. Tout à la fois rivaux et collègues, il est cependant difficile de savoir si une réelle inimitié existe entre eux. En effet, ils ont plusieurs fois l’occasion de travailler ensemble dans l’orchestre de l’opéra où Giovanni Bononcini tient la partie de violoncelle et Georg Friedrich Haendel celle de clavecin. De plus, les emprunts du compositeur allemand à l’œuvre de l’italien témoignent d’une estime pour ce dernier. Néanmoins, ils étaient inévitablement concurrents et leur talent a d’ailleurs été directement comparé dans Muzio Scevola (1721) dont Filippo Amadei composa le premier acte, Giovanni Bononcini le second et Georg Friedrich Haendel le troisième.
Leur rivalité est d’autant plus complexe qu’une scission se crée au sein du public alimentée par des intérêts politiques - tensions entre les catholiques et les protestants mais aussi entre les Jacobins du parti Stuart et les opposants à la famille royale. Le compositeur allemand était soutenu par le roi et la cour alors que Giovanni l’était par le duc de Malborough. La mort de ce dernier en 1722 contribua à affaiblir quelque peu les appuis du compositeur italien pendant que Georg Friedrich Haendel s’affirmait de plus en plus : il est à ce moment directeur du Haymarket Theatre et règne de manière incontestable sur la vie musicale londonienne. Malgré cet affaiblissement, Giovanni Bononcini, reste à Londres pour occuper le poste de directeur des concerts privés de la Duchesse Henriette, fille du duc de Malborough. Cependant, un épisode assez étonnant vient marquer la fin de son séjour londonien. En 1731, lors d’une réunion musicale, on s’aperçoit que l’œuvre de Lotti exécutée (Duetti, terzetti e madrigali) est la même que In una siepe ombrosa présentée par Giovanni trois ans plus tôt. Le litige entre les deux compositeurs devient public et donnera tort à Giovanni Bononcini. La situation devient difficile pour lui et il quitte Londres en 1731 pour la France. Il y reviendra très brièvement en 1732 (représentation de la fête pastorale Amore per Amore) pour en partir définitivement en 1733. Il s’installe alors à Paris où ses œuvres sont jouées aux Concerts Spirituels. Il semble qu’il ait également joué en présence de Louis XV. Sa dernière œuvre connue est le Te Deum en do majeur (15 février 1741) commandé par l’impératrice Marie Thérèse de Vienne. Il fait ensuite de nombreux voyages notamment à Lisbonne, Venise et Vienne où il s’éteint en 1747. Ainsi, malgré son talent et la richesse de ses œuvres (une trentaine d’opéras, 320 cantates, de nombreuses pièces de musique de chambre, 4 messes, des oratorios, des psaumes, des Sinfonie…), Giovanni Bononcini est peu à peu tombé dans l’oubli du public qui pourtant l’avait porté aux nues.